Le futur de l’agriculture face à l’éventuel arrêt du glyphosate

Dans le paysage agricole, le glyphosate a longtemps été un acteur central, un outil devenu presque indispensable pour de nombreux agriculteurs. Cette molécule, efficace dans la lutte contre les adventices, a permis de simplifier la gestion des cultures et de diminuer les coûts. Toutefois, la balance des avantages et des inconvéanients du glyphosate penche désormais vers un impératif de réévaluation, notamment en raison de ses impacts potentiels sur la santé et l’environnement.

La Bretagne, laboratoire d’une transition possible ?

L’initiative bretonne, portée par Loïg Chesnais-Girard, propose de transformer la région en un terrain d’expérimentation pour le retrait total du glyphosate. Cette démarche souligne la volonté politique de trouver des alternatives durables, mais elle soulève aussi des questions légitimes, notamment sur le plan financier et technique.

La réaction mitigée des syndicats agricoles reflète les dilemmes auxquels les agriculteurs sont confrontés. D’une part, l’amélioration du bilan carbone est une priorité, et de l’autre, l’élimination du glyphosate pourrait imposer un retour à des pratiques plus énergivores, comme le labour. La Chambre d’Agriculture de Bretagne souligne cette contradiction, tout en reconnaissant l’importance de la recherche pour réduire la dépendance aux phytosanitaires.

Des réactions partagées dans le monde agricole

La Confédération paysanne accueille cette initiative avec optimisme mais reste prudente quant aux détails de sa mise en œuvre. À l’opposé, la FNSEA et la Coordination rurale montrent des signes de résistance. Ils soulignent l’incohérence apparente entre la volonté d’améliorer les bilans carbones et la suppression d’un outil qui permet de limiter les labours, économisant ainsi du carburant et réduisant les émissions de CO2.

L’argument technique contre l’arrêt immédiat du glyphosate est soutenu par la Chambre d’agriculture de Bretagne, où le président André Sergent a exprimé des préoccupations. Les recherches menées dans la région depuis les années 2000 ont bien progressé vers la réduction de l’usage des phytosanitaires, mais les alternatives complètes restent insuffisantes, en particulier pour les techniques culturales sans labour (TCS).

L’Europe face au glyphosate

La Commission européenne, après un rapport de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) déclarant le glyphosate sans « domaine critique de préoccupation », envisage de renouveler son autorisation. Toutefois, la décision n’est pas unanime parmi les États membres, la France s’étant abstenue lors d’un vote crucial, demandant des conditions plus strictes et reflétant une volonté de réduire son utilisation.

Des impacts sanitaires non négligeables

Cet herbicide, introduit par Monsanto dans les années 1970, a joué un rôle central dans l’évolution des pratiques agricoles. Sa capacité à éliminer les mauvaises herbes sans endommager les cultures est indéniable. Cependant, l’histoire de Théo en France, un enfant né avec des malformations congénitales potentiellement liées à l’exposition au glyphosate, a mis en lumière les risques pour la santé humaine et a alimenté le débat public et la controverse.

Un futur sans glyphosate ?

L’agriculture se trouve à la croisée des chemins, et la question du glyphosate cristallise les tensions entre progrès technique et impératifs écologiques. La transition vers un modèle agricole plus durable est complexe et nécessite une réflexion globale incluant des soutiens financiers, techniques et éducatifs. Le cas de la Bretagne pourrait devenir un exemple à suivre, à condition de conjuguer les efforts de tous les acteurs concernés pour transformer l’essai en succès durable.

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