Vers un Horizon Vert : La fin progressive de la défiscalisation du gazole en agriculture

Le secteur agricole est à l’aube d’une transformation significative. La suppression annoncée de la détaxe sur le gazole pour les agriculteurs représente un pivot majeur, qui vise à remplacer une fiscalité avantageant les énergies fossiles, désormais considérée comme « brune », par une incitation à l’investissement dans le domaine des énergies renouvelables et des pratiques agricoles durables.

Le Ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, a introduit une perspective de changement progressif, s’étalant jusqu’à 2030, afin d’éviter un impact abrupt sur le secteur. Cette mesure, qui vise à encourager la mutation écologique, suscite une réaction mitigée au sein de la communauté agricole.

La compétitivité reste le maître mot, et les inquiétudes sont palpables. Selon Arnaud Rousseau, président du syndicat agricole FNSEA, la transition doit s’accompagner de solutions viables. Il souligne que la disparition soudaine de cet avantage fiscal, sans alternatives adéquates, pourrait porter préjudice à la compétitivité de l’agriculture française.

À l’opposé, le secteur des transports routiers conserve son régime fiscal en raison d’une taxation déjà élevée comparée aux standards européens, reflétant une approche différenciée en fonction des secteurs.

Le gouvernement se montre conscient de la nécessité d’accompagner ce changement. En effet, la fin de la défiscalisation sera compensée par un soutien destiné à faciliter la transition vers des alternatives plus écologiques. Marc Fesneau, Ministre de l’Agriculture, affirme que les fonds résultant de la réduction de l’avantage fiscal seront réinvestis dans le secteur agricole.

Le gazole non routier (GNR) représente actuellement un soutien financier considérable pour le secteur agricole et les travaux publics, avec respectivement 1,3 et 1,1 milliard d’euros d’aides. La transition écologique étant une priorité, il est devenu impératif de revoir ces chiffres à la baisse pour encourager les énergies propres.

La feuille de route est donc établie : dès 2024, la détaxe sur le GNR sera réduite de 5 %. Cette première étape, bien que modeste en termes de montants – estimés entre 60 et 70 millions d’euros –, marque une orientation résolue vers le changement.

L’enjeu est de taille : il ne s’agit pas seulement d’une question budgétaire, mais d’une réorientation fondamentale des pratiques agricoles, dans un contexte de réchauffement climatique et de déclin de la biodiversité. C’est une invitation à innover, à adopter des tracteurs fonctionnant avec des carburants alternatifs, à investir dans des technologies vertes et à repenser les modèles de production.

L’annonce faite par le Ministre Le Maire n’est pas un point final, mais plutôt le début d’une discussion entre les parties prenantes. La visite prochaine du président de la FNSEA à Bercy témoigne de l’ouverture au dialogue pour une transition équitable et réaliste.

Cet ajustement fiscal, s’il est bien orchestré, pourrait devenir un moteur de développement durable pour l’agriculture française. Les défis sont importants, mais la volonté de trouver un terrain d’entente semble partagée. Il est essentiel que ce passage du « brun » au « vert » s’effectue en douceur, sans sacrifier l’efficacité ni la pérennité du secteur agricole, pilier de la culture et de l’économie françaises.

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