Souveraineté alimentaire : ce que prévoit réellement la feuille de route présentée au Salon de l’Agriculture

C’est au Salon international de l’agriculture que la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, a présenté les premières conclusions des Conférences de la souveraineté alimentaire. Lancée officiellement en décembre, cette démarche s’inscrit dans le prolongement de la loi d’orientation pour la souveraineté alimentaire et le renouvellement des générations, adoptée en 2025.
L’objectif affiché est clair : retrouver, sur dix ans, une capacité de production et de transformation suffisante pour nourrir la population sans dépendre excessivement des importations. Les conclusions présentées au Salon constituent une étape intermédiaire, avant la publication d’un plan national attendu à l’été 2026.
Une démarche nationale structurée, déclinée par filière et par territoire
Les conférences reposent sur une organisation multi-filières, pilotée au niveau national et régional. Plus de 250 professionnels ont été mobilisés au sein de groupes de travail couvrant l’ensemble du spectre agricole et alimentaire : viandes blanches, ruminants, grandes cultures, fruits et légumes, viticulture et cidriculture, productions végétales spécialisées, pêche et aquaculture, sans oublier les territoires ultramarins. L’idée centrale est de poser un diagnostic sans fard, puis de définir, filière par filière, des trajectoires réalistes de reconquête, tenant compte des contraintes économiques, climatiques et réglementaires.
Produire en France ne suffit plus : l’enjeu de la transformation
Un point revient dans toutes les contributions : la France produit encore beaucoup, mais transforme insuffisamment. Dans de nombreuses filières, le pays exporte des matières premières agricoles pour importer ensuite des produits transformés.
C’est particulièrement visible en grandes cultures, où la France reste un acteur majeur sur le blé, le maïs ou les oléagineux, tout en étant importatrice nette de farine ou de pâtes. Les trajectoires présentées visent donc à relocaliser la transformation, créer davantage de valeur sur le territoire et sécuriser les débouchés pour les producteurs.
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Viandes blanches : reconquérir la production et la transformation
Dans les filières volailles, porc, lapin ou palmipèdes, le diagnostic est contrasté. Les volumes restent importants, mais certaines productions, comme le poulet de chair, sont désormais largement concurrencées par les importations.
Les objectifs affichés reposent sur :
- la modernisation des élevages
- la construction ou la reprise de bâtiments
- l’adaptation des outils d’abattage et de transformation
- la réduction de la dépendance aux protéines végétales importées
- la simplification des procédures administratives
La question du financement reste centrale, avec la mobilisation annoncée de fonds souverains régionaux.
Ruminants : la souveraineté passe par la valeur et le revenu
Pour les filières bovines, ovines, caprines et laitières, le message est sans ambiguïté : il n’y aura pas de souveraineté alimentaire sans marges suffisantes. Les filières sont proches de l’autosuffisance, mais fragilisées par le manque de renouvellement des générations et la nécessité de moderniser les exploitations.
Les leviers identifiés concernent :
- la robotisation et la modernisation des élevages
- le développement de l’engraissement sur le territoire national
- l’installation de nouveaux éleveurs
- un meilleur partage de la valeur au sein des filières
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Grandes cultures : volumes, compétitivité et protéines végétales
Les grandes cultures constituent un pilier stratégique, tant pour l’alimentation humaine qu’animale. Les travaux insistent sur la nécessité de :
- renforcer la compétitivité face aux hausses de charges
- moderniser les outils de première transformation
- développer les filières de protéines végétales
- sécuriser l’accès à l’innovation.
L’objectif est aussi de mieux valoriser l’origine France et de limiter les distorsions de concurrence au sein du marché européen.
Fruits et légumes : combler un déficit structurel
La filière fruits et légumes reste structurellement déficitaire, notamment sur les fruits tempérés et les légumes frais hors pommes de terre. Les trajectoires présentées visent à gagner des points de souveraineté à l’horizon 2030 et 2035, sans forcément augmenter les surfaces, mais en sécurisant la production, la transformation et la main-d’œuvre.
Les priorités portent sur :
- l’investissement en agroéquipement
- la protection des cultures
- la modernisation des outils industriels
- la relocalisation de certaines unités de transformation
Viticulture, cidriculture et productions spécialisées
Si la viticulture reste un fleuron à l’export, elle est confrontée à une baisse durable de la consommation intérieure. Les travaux soulignent la nécessité de préserver la compétitivité, d’accompagner les transitions et de maintenir la valeur des signes de qualité.
Les productions végétales spécialisées (lin, houblon, plantes aromatiques et médicinales, fleurs) sont identifiées comme des filières à fort potentiel, à condition d’investir dans la structuration, la recherche et l’aval.
Pêche, aquaculture et Outre-mer : des enjeux spécifiques
La souveraineté alimentaire ne se limite pas à l’agriculture terrestre. La pêche et l’aquaculture françaises, aujourd’hui minoritaires dans la consommation nationale, sont appelées à jouer un rôle accru, à condition de renouveler les flottes, sécuriser l’accès à la ressource et moderniser les infrastructures.
Les territoires ultramarins, quant à eux, font l’objet d’une attention particulière. Leur forte dépendance alimentaire impose des trajectoires adaptées, construites à l’échelle locale, en lien avec les collectivités et les filières.
Une ambition posée, un calendrier serré
Les conclusions présentées au Salon ne constituent pas encore un plan d’action définitif. La phase régionale de déclinaison est en cours, avec une remontée des projets territoriaux attendue au printemps. Le plan national de production et de transformation à dix ans doit être présenté à l’été 2026.
Pour le monde agricole, l’enjeu est désormais clair : transformer cette ambition politique en décisions concrètes, compatibles avec les réalités économiques des exploitations. La souveraineté alimentaire est posée comme une nécessité stratégique. Reste à savoir si les moyens suivront les objectifs.


